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Assainir sans désinvestir : analyse du budget wallon et position du monde économique

Note de méthode
  • En préparation du conclave budgétaire 2027, AKT a investi dans une analyse approfondie de l'évolution du budget wallon depuis 2016. Cette analyse repose sur les documents budgétaires officiels de la Région – budgets initiaux 2016 à 2026, exposés généraux, rapports de la Cour des comptes – et sur les statistiques publiques (Eurostat, ICN, ONSS, BNB), complétés par des travaux académiques et sectoriels.
  • L'ensemble des budgets des dix dernières années a été intégré dans une base de données unique, article budgétaire par article budgétaire, à l'aide d'outils d'analyse statistique, aidés par l'intelligence artificielle. Le budget a été rendu comparable d'année en année en reliant la quasi-totalité des articles budgétaires à des « domaines fonctionnels », c'est-à-dire des regroupements par politique publique qui restent stables malgré les changements de nom ou de classement des articles ; il a ensuite été analysé domaine par domaine, et toutes les analyses ont été guidées et mises à l'épreuve par nos équipes. Chaque chiffre publié est recalculé depuis les documents officiels. Lorsqu'elle n'est pas mentionnée, la source des analyses est le budget officiel de la Région, tel qu'il est publié.
  • Unités. M€ = millions d’euros, Md€ = milliards d’euros (1 Md€ = 1 000 M€). Les montants sont en euros courants, sauf mention « euros constants » ou « réel » (déflateur du PIB belge, base 2026).
  • Le travail de vérification auprès des administrations concernées est engagé et se poursuit. Compte tenu de l'échéance du conclave, ces premiers résultats, suffisamment robustes, sont partagés dès à présent afin d'éclairer le débat public.
  • Le dossier compte trois parties. Ce résumé exécutif présente d'abord les grands constats qui ressortent de l'analyse du budget wallon, puis les grandes lignes de la position du monde économique wallon qui en découle. La partie B développe ensuite chaque constat, graphes à l'appui lorsque la donnée s'y prête ; la partie C, chaque point de la position.
  • Données en libre accès. Cette étude ne se veut pas être le dernier mot : elle a vocation au contraire à servir de base à un débat public factuel sur les défis budgétaires et socio-économiques de notre région. C'est pourquoi les fichiers de données de base sont téléchargeables librement sur ce site, libres de droit : le budget wallon de 2015 à 2026, article par article, en CSV. Chacun peut refaire les calculs : un script Python et son mode d'emploi, publiés au même endroit, les refont depuis ces seuls fichiers et comparent chaque résultat au chiffre publié.
  • Signaler une erreur. Nous invitons les lecteurs de cette note à signaler toute erreur, factuelle ou d'interprétation, à l'adresse feedback@akt.be. Nous nous engageons à publier systématiquement une version corrigée de la note.
Plan du dossier
A · Résumé exécutif
L'essentiel des vingt et un constats et de la position du monde économique.
B · Détail des analyses
Les vingt et un constats détaillés avec les analyses chiffrées, organisés en cinq grandes sections.
C · Position du monde économique
Les priorités du monde économique wallon, découlant de la confrontation de ces constats au retour des acteurs économiques wallons.
D · Données et réplication
Le budget wallon 2015-2026 article par article, en téléchargement libre.
Si vous ne devez retenir qu'une seule analyse
L'analyse de l'évolution des dépenses depuis 2016 dresse deux constats nets. D'un côté, les postes sociaux et de fonctionnement progressent. Mais dans le même temps, les postes d'investissement dans l'économie du futur, eux, diminuent.

Plusieurs postes de dépense sociale et de fonctionnement ont augmenté plus vite que l'inflation depuis 2016, notamment le bloc AViQ – budget santé, handicap et famille, allocations familiales incluses – (+1,1 Md€ réels ; +0,9 Md€ hors remontées de trésorerie non récurrentes), la charge de la dette (+0,3 Md€), les transports (+238 M€), les pouvoirs locaux (+220 M€) et l'administration (+122 M€). Dans le même temps, les enveloppes annuelles de l'économie et de la recherche sont inférieures de 318 M€ à leur niveau de 2016, et celles de l'emploi et de la formation de 195 M€, en euros constants, soit 513 M€ de moins au total. Ce sont les deux plus fortes baisses par domaine, en montant et en euros constants.

Comment les moyens de la Région se sont-ils redéployés depuis 2016 ? Croissance des dépenses par domaine, 2016 → 2026 (M€)
Mesure

A. Résumé exécutif
Les 21 faits
Les grands constats de l'analyse du budget wallon des dix dernières années
1 · L'état des lieux
01
Un budget de 20,2 Md€ pour 17,4 Md€ de recettes – dix postes en concentrent 73 %. Il faut pouvoir réinterroger l’ensemble des postes budgétaires, et en particulier n’exclure aucun des dix plus grands.
02
Le déficit SEC – le solde calculé selon les règles comptables européennes, celui sur lequel porte l'objectif d'équilibre – passe, en budgets initiaux, de ≈ 0,4 Md€ à ≈ 2,0 Md€ depuis 2016 – en euros courants, la dette progresse de 91 % (21,3 Md€ → 40,8 Md€ fin 2025, provisoire), soit +48 % une fois l'inflation neutralisée, et les intérêts passent de 0,28 Md€ à 0,76 Md€.
2 · Le déficit et son origine
03
D'où vient le déficit – dépenses ou recettes ? – Si l'on inclut le plan de relance, le creusement vient presque exclusivement des dépenses (les recettes ont suivi le PIB jusqu'en 2025). Hors relance, la lecture est plus nuancée : les dépenses augmentent plus vite que l'inflation et les recettes moins vite que le PIB ; les deux évolutions contribuent au creusement du déficit.
04
Sur les dépenses, deux constats en dix ans : les postes sociaux et de fonctionnement progressent, tandis que les postes d'investissement dans l'économie du futur (économie, recherche, emploi) diminuent La hausse concerne en premier le bloc AViQ (+1,1 Md€ réels), les dépenses de relance et de fonds européens (+0,9 Md€, néanmoins temporaires) et la charge de la dette (+0,3 Md€), puis les transports (+238 M€), les pouvoirs locaux (+220 M€) et l'administration (+122 M€). Dans le même temps, l'économie et la recherche reculent de 318 M€ en euros constants et l'emploi et la formation de 195 M€, soit 513 M€ au total.
3 · L'évolution des dépenses depuis 2016, poste par poste
05
Les dépenses du bloc Santé & handicap (AViQ hors allocations familiales) – qui représentent 20 % du budget de la Région – ont augmenté nettement plus vite que l'inflation au cours des dix dernières années (+43 % en euros constants, +28 % corrigé des effets de périmètre). Les documents budgétaires publics disponibles à ce stade ne permettent pas de répartir ce bloc entre ses grands dispositifs.
06
Allocations familiales (3 008 M€, soit 14,9 % du budget wallon) : les montants par enfant sont désormais nettement plus élevés en Wallonie qu'en Flandre dans la majorité des cas 16 % de plus par enfant en moyenne (3 291 € contre 2 834 € par an), et jusqu'à 24 % d'écart de barème sur le rang 3 et les suppléments d'âge. Soit un écart de crédits estimé à 417 M€ par an à effectif égal (159 M€ selon la référence flamande la plus large). C'est le résultat d'une indexation pleine côté wallon ces dernières années (+29 % depuis le barème fédéral de 2018) contre une indexation plafonnée côté flamand (+15 % sur les rangs 1-2, +4 % sur le rang 3+ et les suppléments d'âge).
07
Pouvoirs locaux (2 314 M€) : +10,5 % en euros constants depuis 2016 – le Fonds des communes – la dotation générale que la Région verse chaque année aux communes –, indexé de droit, porte 69 % de la hausse et dépasse lui-même l'inflation (+8,5 % en euros constants) ; le reste du domaine (le CRAC pour les communes en difficulté, +90 M€, et les aides compensatoires versées aux communes et provinces pour l'exonération de la taxe sur la force motrice et du précompte immobilier sur le matériel et l'outillage, 65 M€ au budget initial 2026 ; le montant a été relevé à l'ajustement) croît plus vite encore.
08
L'administration régionale : de 730 M€ en 2016 à 1 089 M€ en 2026, soit +12,6 % en réel (+49 % en nominal) ; ces chiffres ne représentent cependant qu'une partie des frais d'administration régionaux. Sur l'ensemble du périmètre public et parapublic, l'écart de densité d'emploi public entre la Wallonie et la Flandre semble limité (+0,7 à +1,1 emploi pour 100 habitants en Wallonie selon le périmètre retenu, données ONSS). Appliqué à la population wallonne, ce petit écart se traduit cependant par un impact non négligeable sur les finances publiques – tous niveaux de pouvoir confondus, et non le seul budget régional : +26 000 à +41 000 emplois, soit un ordre de grandeur de ≈ 1,6 Md€ à ≈ 2,5 Md€ par an à un coût employeur (conservateur) de ≈ 60 000 € par équivalent temps plein.
09
Le budget des transports publics wallons (810 M€ hors transport scolaire) a aussi augmenté nettement plus vite que l'inflation : +26,6 % en euros constants, soit +174 M€ de moyens réels supplémentaires depuis 2016 – une partie tient à des réductions tarifaires dont le coût a été reporté sur la dotation régionale ; le contrat de service public 2024-2028 prévoit d'en atténuer progressivement l'effet (autonomie tarifaire élargie). Pas de report modal mesurable à ce jour : la part du bus, du tram et du métro dans les navettes vers les lieux de travail wallons est de 3,3 % en 2024, contre 4,1 % en 2017. La fréquentation retrouve son niveau de 2019 sans le dépasser nettement : 151,6 millions de voyageurs en 2019, 155,4 en 2024.
10
Emploi & formation : −195 M€ réels – à l'inverse des postes qui précèdent, ce domaine diminue de 6 % en termes réels depuis 2016, alors que le relèvement du taux d'emploi reste un défi central de la Région ; l'arbitrage s'est notamment fait au détriment des aides à l'emploi privé (−66 M€, soit −12,8 % en termes réels, hors APE).
11
Économie & recherche : −318 M€ en euros constants, la plus forte baisse de tout le budget – soit −34 % depuis 2016, un recul qui touche le volet économique (aides et outils, −148 M€ réels) comme la recherche et l'innovation (−177 M€).
4 · Les recettes de la Région
12
Recettes : près de la moitié échappe à toute décision régionale – 21,1 % de plus ne sont modulables que par le taux ; 92 % évoluent selon une règle automatique. 48,9 % des recettes sont des transferts fédéraux et communautaires dont la Région ne fixe ni le taux ni l'assiette ; s'y ajoutent 21,1 % d'additionnels à l'IPP – la part régionale de l'impôt des personnes physiques, calculée en pourcentage de l'impôt fédéral –, dont la Région fixe le taux mais pas l'assiette (la base sur laquelle l'impôt est calculé) ; les impôts régionaux propres – enregistrement, succession, circulation, précompte, taxes affectées à des fonds – pèsent 18,3 %. Viennent enfin 4,8 % de subventions européennes, en grande partie temporaires.
13
La fiscalité propre wallonne s'élève à 3 191 M€ – dont 87 % sur trois familles : droits d'enregistrement, successions et donations, taxes de circulation ; parafiscalité comprise – redevances et prélèvements obligatoires affectés à des organismes ou fonds régionaux –, 4 110 M€ (22,7 % des recettes élargies). Sur dix ans, la fiscalité propre recule de 13,3 % en euros constants, et l'ensemble incluant la parafiscalité de 10,2 %. Pour cet ensemble, les effets compensatoires de la réforme de l'enregistrement ramènent le recul à 9,1 % (effet 2026) et 5,8 % (horizon 2029). La réforme des successions, non compensée, porte toutefois ce recul à 14,4 %.
5 · Investir dans le futur de l'économie : la condition d'un financement durable des services publics
14
Le point de départ : un retard économique wallon qui ne se réduit pas – PIB par habitant à 72,4 % du niveau flamand en 2024, 74,1 % en 2010, soit 1,7 point d'écart supplémentaire sur la période ; taux d'emploi de 67,9 % contre 77,3 % en Flandre, un écart inchangé depuis 2016.
15
Ce retard est entièrement dû au développement insuffisant du secteur privé – par habitant, la Wallonie produit autant de valeur ajoutée publique et non marchande que la Flandre, mais 36 % de moins dans les autres branches. Si elle était un pays, elle aurait le plus faible nombre d'emplois privés par habitant de l'Union, et la part de l'emploi public y augmente depuis 2016.
17
Le soutien au secteur privé marchand ne représente qu'une part minime du budget wallon : 3,3 % du budget au sens strict – 4,6 % au sens large. Autrement dit, ce qui soutient directement l'activité des entreprises pèse moins d'un vingtième du budget régional.
18
Le monde de l'entreprise contribue déjà significativement au budget wallon – via les impôts régionaux propres à charge des entreprises (374 M€), le prélèvement kilométrique (358 M€) et les 158 M€ de recettes d'enchères de quotas carbone (prélèvement européen dont le produit est attribué à la Région) : au total, autres redevances comprises, environ 1 Md€ par an hors impôt des personnes physiques, en hausse de 21 % en euros constants sur 2016-2024, tandis que le reste de la fiscalité régionale reculait. En d'autres termes, pendant que la part du budget wallon consacrée au développement économique diminuait, la contribution des entreprises à ce budget augmentait significativement.
19
Le monde économique a supporté près de 22 % de l'effort budgétaire 2025-2026, alors que les budgets qui soutiennent l'activité pèsent moins de 5 % du budget. Rapporté à cette enveloppe, l'effort supporté par le monde économique (économies de dépenses et prélèvements confondus) en représente déjà 12,6 à 17,5 %, contre 4 à 10 % d'effort moyen requis sur l'ensemble du budget pour revenir à l'équilibre.
20
Décarboner sans désindustrialiser suppose de lever deux obstacles dont le budget wallon ne couvre aujourd'hui qu'une fraction du coût – d'une part le coût de l'électricité pour l'industrie, largement au-dessus du niveau nécessaire pour rester compétitive ; d'autre part le surcoût de la décarbonation elle-même – captage et stockage du carbone, contrats sur différence (CfD : l'État garantit à l'industriel un prix de référence et lui verse la différence avec le prix de marché). Sans accompagnement public, l'obligation de décarbonation devient un désavantage compétitif net, et les projets risquent de se localiser là où le cadre existe. Si elle veut éviter une nouvelle vague de désindustrialisation tout en atteignant ses objectifs de décarbonation, la Wallonie se doit de rendre la transition économiquement soutenable.
21
Infrastructures : un réseau dégradé, une dette virtuelle – 47 % des ouvrages d'art (ponts, tunnels, murs) du réseau structurant – autoroutes et grands axes régionaux – présentent des signes de dégradation accélérée (29 % sur le non structurant, les autres routes régionales), et 56,6 % de la surface auscultée du réseau non structurant est en état dégradé.

Plus de détails en partie B →

Position du monde économique
Assainir, oui – mais sans amputer ce qui produit les recettes de demain
  1. Nous soutenons l'objectif de retour à l'équilibre, et l'ampleur de l'effort – de l'ordre de 300 M€ à 400 M€ par an – nous paraît pertinente. En revanche, la date butoir ne doit pas devenir une fin en soi : si l'effort total restant à réaliser s'établit entre 800 M€ et 1 Md€, l'objectif de fin de législature apparaît atteignable ; au-delà, étaler l'effort reste raisonnable, moyennant une trajectoire crédible et des mesures structurelles.
  2. Tout le monde doit contribuer : il faut pouvoir réinterroger l'ensemble des postes budgétaires, et en particulier n'exclure aucun des dix plus grands de cette évaluation. Ils pèsent 73 % de la dépense – AViQ hors allocations familiales (4,05 Md€), allocations familiales (3,0 Md€), Fonds des communes (1,7 Md€), plan de relance et FRR (facilité européenne pour la reprise et la résilience, 1,4 Md€), APE (1,3 Md€), personnel du SPW (Service public de Wallonie, 0,81 Md€), charge de la dette (0,78 Md€), TEC (0,66 Md€), titres-services (0,57 Md€) et réseau routier et hydraulique (0,55 Md€) : en exclure certains des réflexions et des mesures d'optimisation ne serait ni réaliste ni souhaitable. L'examen doit se faire politique par politique, selon quatre critères, dans cet ordre : protège-t-elle d'abord les plus fragiles ? est-elle efficace ? est-elle soutenable ? préserve-t-elle les moteurs de croissance ? – sans tabou ni bouc émissaire. Un euro dépensé sans effet dans le soin, le handicap, le grand âge, l'accueil des enfants ou la mobilité de ceux qui n'ont pas de voiture est un euro qui manque à ceux que ces politiques doivent protéger.
  3. Les budgets de l'économie, de la recherche et du soutien à l'emploi privé ont déjà été soumis à cet exercice – les domaines de l'économie, de la recherche, de l'emploi et de la formation ont reculé de 513 M€ en euros constants depuis 2016 (fait 4), et le monde économique a supporté 22 % de l'effort structurel 2025-2026 alors que les budgets qui soutiennent l'activité pèsent moins de 5 % du budget (fait 19). Nous ne demandons pas que ces budgets soient exemptés d'évaluation : nous demandons que les règles d'évaluation qui leur ont déjà été appliquées le soient partout. Et nous rappelons ce qui les distingue : ce sont les budgets régionaux dont la réduction touche le plus directement la base de recettes qui financera tous les autres.
  4. La relance de l'activité économique wallonne est le plus grand défi de la Région et doit être sa première priorité. La première condition pour y parvenir est d'éviter toute hausse supplémentaire de la fiscalité sur l'activité économique. À cet égard, il faut urgemment pérenniser l'exonération de la taxe sur la force motrice et du précompte immobilier sur le matériel et l'outillage – deux impôts locaux sur les machines et équipements des entreprises, dont la Région compense aujourd'hui l'exonération aux communes (fait 7).
  5. Assainir ne suffit pas : il faut pouvoir réinvestir. Deux besoins conditionnent la capacité de l'économie wallonne à se maintenir et à se développer sur le territoire dans un contexte de décarbonation :
1 · Le coût de l'électricité
Le prix payé par l'industrie wallonne est beaucoup trop élevé au regard de celui payé par ses concurrents, sur les autres continents comme dans les pays voisins – 120,5 €/MWh tout compris pour un profil industriel de 100 GWh/an, contre 67,7 €/MWh en France. S'y ajoute l'enjeu de décarbonation : l'électrification en est le premier levier, et l'objectif de court terme doit rester un prix de 50 €/MWh – le niveau à viser pour rétablir a minima la compétitivité de nos entreprises. Pour les secteurs à risque de fuite carbone, la compensation wallonne ne couvre que 35 % du coût compensable, contre 75 % autorisés par le cadre européen – la Flandre compense à 75 %. Besoin total estimé à ≈ 140 M€/an ; après l'effort régional actuel et l'apport fédéral attendu, il reste un écart d'environ 60 M€/an à combler (estimation préliminaire, à confirmer).
2 · La décarbonation compétitive
Le soutien aux projets industriels pionniers de décarbonation est essentiel – le captage et stockage du CO₂ (CCS) au premier rang, mais pas lui seul : électrification des procédés, chaleur bas-carbone, efficacité énergétique. Le maintien des industries les plus difficiles à décarboner (cimenterie, chaux, verre…) dépend de la confirmation, dans les douze prochains mois, du soutien public – déploiement d'un réseau de CO₂ à un prix acceptable, et mise en place de Carbon Contracts for Difference ouverts au tissu productif, à l'image de la Flandre (à titre illustratif : 2 Md€ sur dix ans, dont ≈ 120 M€/an pour le CCS et ≈ 80 M€/an pour les autres projets de décarbonation).
  1. Un plan d'infrastructures ambitieux est une condition de l'avenir de la Région : le réseau est dégradé – 47 % des ouvrages d'art du réseau structurant présentant des signes de dégradation accélérée et 56,6 % de la surface auscultée du non structurant en état dégradé –, soit une dette virtuelle qui pèse sur la soutenabilité des finances comme sur le développement économique. Nous soutenons un plan d'investissement équilibré et impactant, conditionné à son examen et à son challenge, et qui doit notamment stimuler la demande en produits décarbonés que la Wallonie a vocation à produire.
  2. Réforme des droits de succession et d'enregistrement. Dans un contexte budgétaire contraint, il est sage, a minima, d'aménager et d'étaler la réforme des successions (perte estimée par le gouvernement wallon à 382 M€ en 2028 et 391 M€ en 2029, chiffres reproduits par la Cour des comptes). Face aux besoins massifs de rénovation et d'isolation de notre parc immobilier, nous soutenons également la proposition de conditionner le taux réduit d'enregistrement à un engagement de rénovation énergétique, comme le suggère le secteur de la construction (ce qui allégera par ailleurs les autres dépenses régionales consacrées à la transition énergétique).

Plus de détails en partie C →

B. Détail des analyses

Les vingt et un constats, chacun développé avec son texte et ses graphes – repris des analyses détaillées, domaine par domaine, dont ce dossier est la synthèse.

Section 1
L'état des lieux – de quoi le budget wallon est-il fait ?
Fait 1

Un budget de 20,2 Md€, concentré sur une poignée de grands postes

  • 20,2 Md€ de dépenses (hors amortissements, c'est-à-dire hors remboursement du capital de la dette) pour 17,4 Md€ de recettes hors emprunts en 2026.
  • Cinq postes seulement pèsent 56 % du budget : AViQ hors allocations familiales (4,05 Md€), allocations familiales (3,0 Md€), Fonds des communes (1,7 Md€), plan de relance + FRR (1,4 Md€) et APE (1,3 Md€).
  • En y ajoutant le personnel du SPW (0,81 Md€) et la charge de la dette (0,78 Md€), la part atteint déjà 64 % ; avec le TEC (0,66 Md€), les titres-services (0,57 Md€) et le réseau routier et hydraulique (0,55 Md€), 73 % du budget (14,8 Md€) tient en dix postes.
  • Autrement dit : l'essentiel de la dépense est concentré sur un nombre très limité de politiques – il faut pouvoir réinterroger l’ensemble des postes budgétaires, et en particulier n’exclure aucun de ces dix postes.
① Les plus grands postes du budget 2026 (M€, liquidations – AViQ hors allocations familiales et relance + FRR regroupés)
② La photographie par domaine fonctionnel (treemap 2026, part des dépenses en %)
Fait 2

Un déficit multiplié par cinq en solde SEC, une dette en hausse de 91 %

  • Le solde. En solde SEC (Système européen des comptes) – la grandeur officielle, celle de la cible d'équilibre – le déficit budgété passe de ≈ 0,4 Md€ (budget initial 2016) à ≈ 2,0 Md€ (budget initial 2026), soit multiplié par plus de cinq en euros courantspar 3,8 une fois l'inflation neutralisée. En besoin de financement du budget direct – c'est-à-dire le seul budget de la Région, sans les organismes publics qu'elle contrôle (AViQ, Forem, TEC…), que le solde SEC ajoute au calcul – il passe de ≈ 1,0 Md€ à ≈ 2,8 Md€ sur la même période.
  • La dette. La dette de la Région – au sens consolidé des règles européennes de Maastricht, c'est-à-dire la dette brute de la Région et de ses organismes publics, telle que l'Europe la mesure – progresse de 91 % en euros courants entre 2016 et 2025 : 21,3 Md€ → 40,8 Md€ (fin 2025, chiffre provisoire de l'ICN) – +48 % en euros constants.
  • Les intérêts. Ils passent de 0,28 Md€ à 0,76 Md€ en dix ans, en euros courants (+10 %/an ; 0,78 Md€ en incluant frais d'émission et garanties) – ils doublent en euros constants, soit +7,4 %/an. Et le renchérissement est encore partiellement devant nous : la Région paie 2,58 % en moyenne sur son stock (taux implicite 2026 – intérêts payés rapportés à l'encours – calculé par le CERPE) mais les nouveaux emprunts qui remplacent ceux arrivant à échéance sont contractés autour de 3,8 à 4,3 % – la charge continuera de monter même sans nouvelle hausse des taux (≈ 1,1 Md€ dès 2029 et ≈ 1,2 Md€ en 2030, projection CERPE de septembre 2026).
Repères de lecture
  • Solde budgétaire = recettes hors emprunts moins dépenses hors remboursement du capital de la dette : −2,8 Md€ en 2026. Ce déficit correspond à un besoin de financement de 2,8 Md€.
  • Solde SEC = le solde budgétaire corrigé des sous-utilisations de budget (+0,6 Md€), de la neutralisation des opérations financières de codes 8 et 9 – prêts, prises de participation et opérations sur la dette, sans effet sur le déficit au sens européen – (+0,3 Md€) et d'autres corrections (+0,15 Md€), puis consolidé avec les organismes publics (−0,25 Md€) : −2,0 Md€ en 2026. C'est la grandeur sur laquelle porte l'objectif d'équilibre 2029.
  • Euros constants = corrigés de l'inflation (déflateur du PIB : +32,5 % entre 2016 et 2026). Une dépense stable en euros constants garde le même pouvoir d'achat ; en euros courants, elle paraît augmenter.
  • Autrement dit : on part du solde du budget (−2,8 Md€), on corrige ce solde pour tenir compte des crédits inscrits mais habituellement non dépensés, on neutralise les opérations purement financières, on intègre les soldes des organismes publics, et on obtient le solde SEC.
① Trajectoire du solde budgétaire, 2015 → 2026 (Md€)
② L'ampleur du déficit : des recettes courantes au solde, Wallonie 2026 (Md€)
③ Intérêts annuels (2015-2026, M€) vs dette de la Région – consolidée, règles de Maastricht (2015-2025, Md€)
Section 2
Le déficit et son origine
Fait 3

Dépenses ou recettes, d'où vient le déficit ? Deux lectures amènent une conclusion contrastée

  • Si l'on inclut le plan de relance, le creusement du déficit vient presque exclusivement de l'augmentation des dépenses : jusqu'en 2025, les recettes ont globalement suivi la croissance du PIB, tandis que les dépenses ont augmenté nettement plus vite.
  • Si l'on neutralise à la fois les dépenses du plan de relance et les recettes européennes qui les financent, la lecture devient plus nuancée : les deux facteurs jouent. Les dépenses hors relance ont certes progressé plus vite que l'inflation, mais les recettes n'ont pas suivi l'évolution de la croissance économique – le retard des recettes pèse alors autant que la dynamique des dépenses.
① Lecture avec la relance – dépenses, recettes, PIB nominal et indice santé (base 100 = 2016)
② Même lecture, hors plan de relance – dépenses, recettes, PIB nominal et indice santé (base 100 = 2016)

La comparaison ①/② isole l'effet du plan de relance. Les deux graphes sont en base 100 : chaque série vaut 100 en 2016 et sa valeur ultérieure se lit comme sa croissance cumulée depuis 2016. Lecture ① : l'écart entre dépenses et recettes est porté principalement par la dynamique des dépenses. Lecture ② (hors relance) : l'écart se resserre – dépenses +46 %, recettes hors fonds européens +40 % – et le retard des recettes y contribue alors autant que la dynamique des dépenses.

Fait 4 · LE CONSTAT CENTRAL

Deux constats majeurs. D'un côté, les postes sociaux et de fonctionnement progressent. Mais dans le même temps, les postes d'investissement dans l'économie du futur, eux, diminuent.

  • Sur dix ans, la hausse des postes sociaux et de fonctionnement se concentre sur trois blocs, tandis que les postes d'investissement dans l'économie du futur (économie, recherche, emploi) diminuent.
  • La hausse concerne en premier trois blocs : le bloc AViQ, allocations familiales comprises (+1,1 Md€ réels ; +0,9 Md€ hors remontées de trésorerie non récurrentes, fait 5), les dépenses de relance et de fonds européens (+0,9 Md€, qui sont néanmoins temporaires) et la charge de la dette (+0,3 Md€). D'autres postes augmentent aussi au-delà de l'inflation : les transports (+238 M€), les pouvoirs locaux (+220 M€), l'administration (+122 M€), l'environnement, l'eau et le climat (+77 M€), l'action sociale et la pauvreté (+67 M€) et les routes et voies navigables (+46 M€).
  • Dans le même temps, les moyens de l'économie et de la recherche reculent de 318 M€ en euros constants, et ceux de l'emploi et de la formation de 195 M€ : soit 513 M€ au total.
Répartition de la croissance des dépenses par domaine, 2016 → 2026 (M€)
Mesure Périmètre Relance

Le graphe se lit sous trois périmètres : brut ; hors artefacts comptables (inscriptions en brut qui gonflent la dépense sans changer le solde, comme le gross-up hospitalier du fait 5) ; et, en plus, hors trésoreries des UAP (unités d'administration publique : les organismes publics dont la Région reprend la trésorerie). Le constat qualitatif est robuste : en euros constants, même en réaffectant les crédits 2026 du plan de relance aux domaines qu'ils servent (+163 M€ pour l'économie et la recherche, +175 M€ pour l'emploi et la formation), l'économie et la recherche restent le domaine en plus fort recul du budget, à −155 M€, et l'emploi et la formation restent en recul (−20 M€) – et ces crédits de relance sont temporaires.

Section 3
L'évolution des dépenses depuis 2016, poste par poste
Fait 5

AViQ hors allocations familiales : ≈ 20 % du budget régional, +43 % en euros constants sur dix ans

  • Le bloc AViQ hors allocations familiales – santé, handicap, aînés, accords du non-marchand et fonctionnement – représente à lui seul ≈ 20 % du budget régional : 4,07 Md€ au périmètre fonctionnel, dont 4,05 Md€ regroupés dans la ligne AViQ du fait 1 (le solde, ≈ 16 M€, relève de lignes plus petites).
  • Il progresse nettement plus vite que l'inflation et que les recettes : +89 % en nominal et +43 % en euros constants depuis 2016, passant de 2,15 Md€ à 4,07 Md€, contre +47 % pour les recettes et +32,5 % pour l'inflation.
  • Même en corrigeant les effets de périmètre, la croissance reste de +70 % en euros courants, soit +28 % en euros constants (déflateur du PIB belge, +32,5 % sur la période).
  • Limite d'analyse : les documents budgétaires publics ne permettent pas de répartir ce bloc entre ses grands dispositifs – maisons de repos et de soins, aide aux personnes handicapées, soins ambulatoires, accords du non-marchand. Les publications de l'AViQ documentent l'activité, mais selon une ventilation qui n'est pas raccordable aux articles budgétaires. Le constat porte donc sur l'agrégat, et c'est en soi un problème : sur le premier poste du budget régional, 4 Md€, la répartition des moyens entre les grands dispositifs n'est pas accessible dans les documents budgétaires publics. La publication de cette ventilation est indispensable pour éclairer l'examen des arbitrages budgétaires par le Parlement et le débat avec les acteurs de terrain ; ce dossier en fait une demande explicite.

Détail des effets de périmètre : le gross-up hospitalier (≈ 180 M€ : depuis 2019, les flux hospitaliers sont inscrits en brut, recettes et dépenses, et non plus en net, ce qui gonfle la dépense sans changer le solde ; absent en 2016) et les remontées de trésorerie reprises par la Région (≈ 230 M€ en 2026). Corrigée des deux, la croissance revient de +89 % à +70 %. Le constat ne tient donc pas à un effet de périmètre, mais l'ampleur brute le surestime.

Évolution comparée : AViQ hors allocations familiales, recettes et inflation (base 100 = 2016)
Fait 6

Allocations familiales : des montants par enfant en moyenne 16 % plus élevés en Wallonie qu'en Flandre (3 291 € contre 2 834 € par an)

  • Le poste pèse ≈ 15 % du budget régional (≈ 3,0 Md€).
  • Sur dix ans, l'enveloppe suit l'inflation, avec une légère avance : de 2 202 M€ à 3 008 M€ entre 2016 et 2026, soit +36,6 % en nominal contre +32,5 % d'inflation – +3,1 % en euros constants, environ +91 M€ en euros de 2026. Près de 90 % de la hausse est un effet prix : le moteur est l'indexation, pas un élargissement de la prestation.
  • Comparée à la Flandre, la Wallonie dépense aujourd'hui ≈ 16 % de plus par enfant3 291 € contre 2 834 € par enfant et par an, soit environ 460 € d'écart moyen (effectifs officiels 2023, AViQ ; périmètre comparable : allocations pures des deux côtés, c'est-à-dire hors les prestations que la Flandre a intégrées à son Groeipakket et qui n'ont pas d'équivalent wallon). Précision de méthode : cette moyenne par enfant intègre les suppléments sociaux, plus nombreux en Wallonie compte tenu de la structure des revenus des ménages ; c'est la comparaison des barèmes à profil familial donné qui isole l'effet d'indexation.
  • Partis de barèmes fédéraux identiques, les montants wallons sont aujourd'hui supérieurs aux montants flamands dans 12 des 13 profils types familiaux examinés.
  • L'écart de barème tient pour l'essentiel à l'indexation : depuis le même barème fédéral de septembre 2018, la Wallonie a indexé de +29 % (septembre 2026), la Flandre – partie 2 % plus bas en 2019 – de +15 % pour les premier et deuxième enfants (rangs 1-2) et de +4 % à partir du troisième enfant (rang 3+) et sur les suppléments d'âge, ces deux derniers ayant été gelés de 2019 à août 2025.
  • Ces montants remplissent une fonction sociale majeure : les allocations familiales sont l'un des principaux instruments de réduction de la pauvreté infantile, et le régime wallon est fortement ciblé – 326 644 enfants, soit 35,7 %, perçoivent un supplément social, Par ailleurs, 188 014 enfants vivent dans une famille monoparentale. Pour les enfants de ces familles, le nouveau régime a étendu le supplément à tous les rangs là où l'ancien le réservait au troisième enfant (AViQ, données chiffrées 2023). Le constat d'écart avec la Flandre porte sur le niveau et son indexation, pas sur l'utilité de la prestation.
① Évolution comparée : allocations familiales, recettes régionales et inflation (base 100 = 2016)
② Dépense d'allocations familiales par enfant : Wallonie vs Flandre (2026, € par enfant et par an)
③ Écart de montant annuel total, par profil familial (€/an, Wallonie − Flandre)
④ D'où vient l'écart d'enveloppe ? Construction composante par composante (M€/an)

Quantification préliminaire, à affiner sur base des chiffres officiels : les barèmes sont vérifiés à la source, mais la répartition par rang et la part de chaque régime sont reconstruites à partir des dernières statistiques publiées.

⑤ Croissance du montant de base depuis la réforme (%)
Fait 7

Pouvoirs locaux : une progression plus rapide que l'inflation

  • Les dotations aux pouvoirs locaux ont progressé de +46,5 % depuis 2016, soit nettement plus vite que l'inflation (+32,5 %) : +10,5 % en euros constants (1 580 M€ → 2 314 M€).
  • Les dotations ont progressé plus vite que les recettes régionales hors plan de relance européen : +46,5 % contre +39,7 %. Les recettes hors plan de relance européen sont la référence pertinente pour un poste récurrent, l'apport européen étant transitoire. Les recettes totales, relance comprise, ont progressé de +46,7 %, soit le même rythme que les dotations.
  • Cette progression tient pour l'essentiel au Fonds des communes, indexé de droit (art. L1332-1 et s. du CDLD), qui représente près des trois quarts des dotations aux pouvoirs locaux (1 673 M€ sur 2 314 M€) et 69 % de la hausse (+509 M€ sur +734 M€) ; le Fonds dépasse lui-même l'inflation (+8,5 % en euros constants) et le reste du domaine croît plus vite encore.
  • Le reste de la hausse (+225 M€) comprend notamment le CRAC, pour les communes en difficulté (+90 M€), et les aides compensatoires versées aux communes et provinces au titre de l'exonération force motrice et matériel-outillage (65 M€ au budget initial 2026 ; le montant a été relevé à l'ajustement).
  • La Flandre compte plus de communes en nombre absolu (285 contre 261), mais pour une population presque deux fois supérieure : 6,88 millions d'habitants contre 3,73 (Statbel, 1ᵉʳ janvier 2025). Rapporté à la population, le nombre de communes est donc 1,7 fois plus élevé en Wallonie, et la commune wallonne moyenne est d'autant moins peuplée.
① Évolution comparée : pouvoirs locaux, recettes (totales et hors plan de relance) et inflation (base 100 = 2016)
② Nombre de communes : Wallonie et Flandre (1ᵉʳ janvier 2025)
③ Population moyenne par commune (habitants)
Fait 8

L'administration régionale : de 730 M€ en 2016 à 1 089 M€ en 2026, soit +12,6 % en réel

  • L'évolution globale. Le domaine « Personnel & fonctionnement administration » – les crédits qui font tourner l'administration régionale : agents, informatique interne, immobilier, fonctionnement – passe de 729,6 M€ en 2016 à 1 088,8 M€ en 2026 (crédits de liquidation), soit +12,6 % en euros constants.
  • Les trois composantes.
    • l'informatique et le numérique interne : 56,3 M€ → 137,1 M€, soit +83,7 % en euros constants ;
    • les rémunérations et pensions : 495,1 M€ → 784,0 M€, soit +19,5 % en réel ;
    • le fonctionnement, l'immobilier et les dotations administratives : 178,2 M€ → 167,7 M€, soit −29,0 % en euros constants, et même sous leur niveau de 2016 en euros courants.
  • Points d'attention : ces chiffres ne représentent cependant qu'une partie des frais d'administration régionaux. Le SPW ne porte qu'une fraction de la masse salariale publique wallonne. La Région agit surtout par ses opérateurs – FOReM, AViQ, OTW/TEC, SOFICO –, financés par des dotations. Reconstituée depuis les budgets des organismes et les comptes déposés à la Banque nationale, la paie publique régionale consolidée atteint 2 065 M€ en 2025 (hors enseignants et hôpitaux), dont 795 M€ pour le SPW et 1 270 M€ pour les opérateurs.
  • Comparaison avec la région flamande. Sur les données ONSS exploitées par Jean Hindriks et Alexandre Lamfalussy (Fédéralisme belge en chiffres – Partie 2 : les emplois publics, LIDAM-UCLouvain / Itinera, septembre 2024, résumé exécutif ; données ONSS 2022), la différence en matière d'emplois publics n'est pas majeure : 11,1 emplois publics pour 100 habitants en Wallonie contre 10,4 en Flandre au sens large (santé et action sociale comprises), 7,5 contre 6,4 au sens strict (administrations, organismes et entreprises publics, enseignement) – périmètres détaillés ci-dessous.
    • Rapporté à la population wallonne, ce petit écart représente cependant un enjeu financier substantiel.
    • Une précision préalable : les données ONSS couvrent l'ensemble de l'emploi public localisé dans la région, tous niveaux de pouvoir confondus – et le périmètre large y ajoute les hôpitaux, maisons de repos et ASBL du non-marchand –, de sorte que l'écart ne se rapporte pas nécessairement au seul budget régional.
    • Sous cette réserve, appliqué aux 3,7 millions d'habitants wallons, l'écart représente ≈ 26 000 emplois publics ou largement subsidiés au sens large et ≈ 41 000 emplois publics au sens strict, soit un ordre de grandeur de ≈ 1,6 Md€ et ≈ 2,5 Md€ par an à un coût employeur (conservateur) de ≈ 60 000 € par équivalent temps plein.
    • Le périmètre strict donne le chiffre le plus élevé parce que l'écart y est plus grand (1,1 point contre 0,7) ; l'écart de densité ne vient donc pas des hôpitaux ni des maisons de repos, mais de l'emploi public au sens strict.
    • C'est cette différence qu'il conviendrait de mieux documenter – en isolant les emplois qui relèvent effectivement du budget régional – avant d'en tirer une conclusion budgétaire.
  • Périmètres. Les deux périmètres sont ceux de l'étude citée, qui les définit ainsi : « On définit l'emploi public au sens large ou strict selon que l'on intègre ou non les secteurs de la santé et de l'action sociale (qui sont fortement subsidiés) » (résumé exécutif, p. 2). Le sens strict correspond au périmètre « administrations publiques » de l'ONSS : administrations fédérale, communautaire, régionale, provinciale et locale, organismes d'intérêt public, entreprises publiques (TEC/De Lijn, SNCB, RTBF/VRT, La Poste) et enseignement public. Le sens large y ajoute l'intégralité du secteur de la santé humaine et de l'action sociale – que l'ONSS classe dans le privé et que les auteurs réintègrent au motif qu'il est largement subsidié : hôpitaux et maisons de repos privés et ASBL du non-marchand y sont donc comptés. Les effectifs sont des équivalents temps plein comptés au lieu de travail : un Wallon employé dans une administration fédérale à Bruxelles est compté à Bruxelles.
① Le domaine dans son ensemble : administration régionale et inflation (base 100 = 2016)
② Les trois composantes, séparément (base 100 = 2016)
③ Ce que chaque composante ajoute vraiment, une fois l'inflation neutralisée (M€ constants 2026)
④ Le périmètre : la paie du SPW ne représente que 38 % de la paie publique régionale (M€, 2025)
⑤ Densité d'emploi public : Wallonie et Flandre (emplois publics pour 100 habitants, ONSS)
Fait 9

Transports publics : +26,6 % en euros constants sur dix ans

  • Le transport scolaire a basculé dans le domaine en 2020. Après correction de ce changement de périmètre, les transports publics passent de 0,48 Md€ à 0,81 Md€ depuis 2016, soit +67,8 % en nominal. Cette hausse nominale dépasse l'inflation (+32,5 %) et la croissance des recettes régionales (+46,7 %). En euros constants, la hausse est de +26,6 %.
  • Ce périmètre inclut des investissements d'infrastructure structurants (tram de Liège, métro de Charleroi, verdissement de la flotte), mais ces investissements ne semblent expliquer qu'une partie de l'augmentation.
  • Une partie de la hausse ne finance ni de l'offre ni des investissements : elle compense des décisions tarifaires (gratuités et quasi-gratuités) dont le coût a été absorbé par la dotation régionale sans y apparaître comme une ligne distincte. Les décisions récentes sont de nature à compenser en partie l'effet de ces réductions passées : la révision du contrat de service public 2024-2028 fixe une cible de couverture des coûts par les recettes tarifaires – la part des coûts du TEC payée par les voyageurs eux-mêmes – d'au moins 14 % à l'horizon 2030 et élargit l'autonomie tarifaire. L'ampleur de l'effet sur la dotation régionale reste à objectiver.
  • La hausse de la dotation ne s'est pas accompagnée, à ce jour, d'un report modal mesurable vers les transports en commun. Dans les déplacements domicile-travail vers les lieux de travail wallons, la part du bus, du tram et du métro est de 3,3 % en 2024, contre 4,1 % en 2017 et 3,6 % en 2005 (SPF Mobilité, enquêtes fédérales, en principe triennales, auprès des employeurs de plus de 100 travailleurs) ; sur dix-neuf ans, le SPF constate, pour l'ensemble du pays, que la part des transports en commun « ne fluctue guère ».
  • La fréquentation suit la même lecture : 151,6 millions de voyageurs en 2019, 151,6 millions en 2023 et 155,4 millions en 2024 (+2,5 % en cinq ans, après le creux de la crise sanitaire : 100 millions en 2021, 125 en 2022), alors que la dotation a progressé de 26,6 % en euros constants entre 2016 et 2026 (rapports d'activités du TEC ; comptage à méthode constante depuis la révision du taux d'oubli en 2019).
① Croissance 2016 → 2026 : dotation OTW/TEC, recettes régionales et inflation (%)
② Évolution comparée : transports publics (domaine entier, transport scolaire compris), recettes régionales et inflation (base 100 = 2016)
③ Part du bus, du tram et du métro dans les déplacements domicile-travail vers les lieux de travail wallons (SPF Mobilité, 2005 → 2024, %)
Fait 10

Emploi & formation recule de 195 M€ réels, dont les aides à l'emploi privé

  • Sur dix ans, le domaine recule de 195 M€ en euros constants (3 273 M€ → 3 078 M€ en euros de 2026, soit −6 %) : en euros courants, il passe de 2 470 M€ à 3 078 M€, soit +25 % en nominal, moins que l'inflation (+32,5 %).
  • Ce qu'il finance (3,1 Md€) : d'abord les aides à la promotion de l'emploi (APE) – principalement des emplois publics et sociaux –, qui en représentent 41,6 % (1,28 Md€), devant les titres-services (18,5 %), le fonctionnement du Forem (14,8 %), les aides à l'emploi ouvertes au secteur privé (14,7 %) et la formation-insertion (9,1 %).
  • Sur les APE : une partie du dispositif est justifiée par des missions d'intérêt public général impérieuses – l'aide aux personnes, par exemple. Pour d'autres volets, ce motif est moins directement établi, ouvrant la voie à des gains d'efficacité. Il est essentiel que la réforme en cours soit l'occasion de réaliser ces gains en réinterrogeant la pertinence de chaque dispositif financé.
  • D'où vient la baisse : l'enveloppe APE progresse en nominal (1 109 M€ → 1 279 M€) mais n'a pas suivi l'inflation et perd 190 M€ en termes réels ; cette diminution est à mettre en regard des hausses réelles constatées sur d'autres postes de personnel public (fait 8). Hors APE, les aides à l'emploi ouvertes au secteur privé (−66 M€) sont le principal poste qui diminue, alors que les titres-services (+35 M€), la formation-insertion (+32 M€) et le fonctionnement du Forem (+24 M€) progressent en euros constants.
① Évolution en euros courants : Emploi & formation et recettes régionales, comparées à l'inflation (base 100 = 2016)
② Ce que finance le domaine Emploi & formation (2026, M€)
③ Top 15 des bénéficiaires APE par macro-secteur, Wallonie 2024 (M€ ; ETP et catégorie au survoleffectifs en équivalents temps plein et catégorie consultables au survol dans la version web)
Macro-secteur

Le macro-secteur est sélectionnable.Dans la version web, le macro-secteur est sélectionnable ; le PDF présente uniquement le macro-secteur affiché. Les libellés du cadastre sont « Région – Pouvoirs locaux », « Région – Action sociale », « FWB – Culture & EP », « Région – Tourisme », « FWB – Sports », etc.

④ Variation réelle 2016 → 2026 par poste du domaine Emploi & formation (M€ constants 2026)
Fait 11

Économie & recherche : −318 M€ en euros constants (−34 % réel), la plus forte baisse du budget

  • En euros constants, les moyens consacrés à l'entreprise, à l'économie et à l'innovation reculent de 34 % depuis 2016, soit −318 M€ – la plus forte baisse de tout le budget (711 M€ → 624 M€ en euros courants, soit −12 % en nominal) ; la part du domaine dans le budget est presque divisée par deux (5,5 % → 3,1 %). Le recul touche les deux volets : le volet économique – soutien à l'investissement, aides et outils – pour −148 M€ réels, et la recherche et l'innovation pour −177 M€.
  • En euros constants, les reculs se concentrent sur : les primes à l'investissement (−90 M€), l'animation économique et la création d'entreprises (−63 M€), et, côté recherche, les aides R&D et pôles de compétitivité (−79 M€), les centres de recherche et universités (−32 M€), la valorisation (−22 M€) et le développement expérimental (−15 M€). Les hausses sont marginales : chèques PME (+8 M€), Wallimage (+7 M€), compétitivité (+2 M€).
  • Côté écosystème, les dépenses wallonnes de recherche et développement rapportées au PIB – l'intensité de R&D – sont retombées sous leur pic de 2020 (3,66 % en 2020, 3,11 % en 2022, 3,16 % en 2023) et repassent sous le niveau flamand (3,5 %).
  • Pour le soutien budgétaire régional aux entreprises par habitant, le classement des deux régions s'est inversé. Ce soutien passe de 197 €/hab à 168 €/hab en Wallonie, quand il monte de 123 €/hab à 193 €/hab en Flandre (711 M€ → 624 M€ contre 795 M€ → 1 330 M€).

⚠ Comparaison à prendre avec précaution : la Wallonie et la Flandre ne logent pas les mêmes dépenses aux mêmes endroits de leur budget. Une partie du soutien aux entreprises peut se trouver dans d'autres postes (fonds dédiés, organismes, dispositifs fiscaux) qui ne sont pas repris ici. L'écart de niveau est indicatif.

① Évolution comparée : Entreprise, économie & innovation, recettes régionales et inflation (base 100 = 2016)
② Économie & entreprises : ce qui a diminué, ce qui a augmenté (variation 2016 → 2026, M€ constants)
③ Recherche & innovation : ce qui a diminué (variation 2016 → 2026, M€ constants)
④ Intensité R&D (% du PIB) : Wallonie, Flandre, UE-27
⑤ R&D exécutée par secteur, Wallonie vs Flandre (% du PIB, 2023)
⑥ Soutien budgétaire régional aux entreprises, par habitant (2016 → 2026, € par habitant)
Section 4
Les recettes de la Région
Fait 12

D'où viennent les recettes – et qui en décide

  • 48,9 % des recettes sont des transferts fédéraux et communautaires dont la Région ne fixe ni le taux ni l'assiette (dotation de la Communauté française dite « Sainte-Émilie » – accord de 2013 par lequel la Communauté française confie à la Région des compétences sociales et de santé, avec leur financement – 4,7 Md€, dotations de la 6ᵉ réforme 3,3 Md€, autres transferts de la Communauté française dits « Saint-Quentin » 0,4 Md€).
  • S'y ajoutent 21,1 % d'additionnels à l'IPP, dont la Région fixe le taux mais pas l'assiette : au total, près de la moitié des recettes échappe à toute décision régionale, et 21,1 % de plus ne sont modulables que par le taux.
  • Les impôts régionaux propres – enregistrement, succession, circulation, précompte, taxes affectées à des fonds – ne pèsent que 18,3 % (3,19 Md€). Viennent enfin 4,8 % de subventions européennes, en grande partie temporaires et liées au plan de relance, et 6,9 % de recettes non fiscales, dont les trésoreries des organismes publics.
  • Côté dynamique, 92 % des recettes évoluent selon une règle automatique – formule de la loi de financement (IPC + 55 % de la croissance réelle), dotations de la 6ᵉ réforme, indexation. Seuls 0,5 % sont figés en nominal. Les 92 % décrivent l'évolution des recettes selon les règles en vigueur ; ils ne mesurent pas le pouvoir de décision de la Région sur ces recettes.
① D'où viennent les recettes ? Les 20 lignes du budget 2026, par poids (M€)

Recettes hors emprunts, 17 410 M€. Chaque rectangle est une ligne de recettes, dimensionnée à son poids ; les couleurs regroupent les lignes par degré de maîtrise régionale. Survoler un rectangle affiche son montant et sa part.Dans la version web du dossier, survoler un rectangle affiche son montant et sa part.

② Qui décide des recettes ? Composition 2026 par degré de maîtrise régionale (M€)
Fait 13

Recettes : la (para)fiscalité régionale recule en termes réels, 2016 → 2026

  • L'état de la (para)fiscalité régionale :
    • les impôts régionaux propres, les 18,3 % du fait 12, représentent 3 191 M€. Trois d'entre eux en concentrent l'essentiel : droits d'enregistrement sur les ventes immobilières (959 M€), droits de succession et de donation (1 025 M€), taxes de circulation (787 M€).
    • s'y ajoutent d'autres prélèvements, regroupés ici sous le nom de parafiscalité, pour un montant de 919 M€ (derniers millésimes disponibles, 2024-2026) – prélèvement kilométrique, coût-vérité de l'eau, surcharge certificats verts, enchères de quotas carbone, petites redevances.
    • au total, les recettes fiscales et parafiscales propres de la Région s'élèvent à 4 110 M€, soit 22,7 % des recettes hors emprunts élargies à cette parafiscalité.
  • Sur 2016 → 2026, les prélèvements régionaux reculent en valeur réelle – un recul qui intègre les baisses d'impôts décidées sur la période, dont la redevance radio-télévision, supprimée à partir de 2018 (116 M€ en 2016, soit près de 4 des 13,3 points) :
    • la fiscalité propre recule de 13,3 % en euros constants ;
    • la parafiscalité nuance le constat sans le renverser : l'ensemble recule de 10,2 %.
  • Cette lecture est cependant partielle : elle ne tient pas compte de la compensation logée à l'impôt des personnes physiques (fin du bonus logement, la réduction d'impôt accordée aux ménages pour leur emprunt hypothécaire) prévue par la réforme de la taxation immobilière, en vigueur depuis le 1ᵉʳ janvier 2025 (estimations du gouvernement wallon, reproduites par la Cour des comptes) :
    • le tarif des droits d'enregistrement ramené à 3 % sur l'habitation propre et unique coûte certes 470,7 M€ en brut en 2026 ;
    • mais dès 2026 le coût net n'est que de 196,4 M€ en tenant compte des mesures compensatoires : la suppression de l'abattement pour primo-acquérant (+94,0 M€), la fin du régime « habitation modeste » (+131,3 M€) et le début de l'extinction du bonus logement à l'IPP (+49,0 M€) en compensent plus de la moitié ;
    • et à l'horizon 2029, le coût net pour la Région tombe à 45,4 M€, ce qui suppose que l'extinction du bonus logement rapporte alors ≈ 200 M€ (montant déduit par solde).
  • Intégrer les effets compensatoires de la réforme de l'enregistrement atténue nettement le recul, sans l'effacer : en comptant la rentrée d'IPP liée à la fin du bonus logement, l'ensemble fiscalité propre et parafiscalité recule de 9,1 % avec l'effet 2026, et de 5,8 % avec l'effet à l'horizon 2029, au lieu de 10,2 %.
  • Une seconde réforme, elle, n'est pas compensée et réduira encore les recettes régionales : la baisse des droits de succession, telle que votée (décret du 5 décembre 2024 ; estimation du gouvernement wallon reproduite par la Cour des comptes), coûtera 382,4 M€ en 2028 et 390,8 M€ en 2029. En combinant les deux réformes à cette échéance, le recul de l'ensemble corrigé s'établit à −14,4 % en euros constants.
  • Dans le même temps, la contribution des entreprises privées au budget wallon a, elle, augmenté : +53 % en nominal (+21 % en euros constants) entre 2016 et 2024 (voir fait 18 ci-dessous).
① Les prélèvements dont le produit revient à la Région : impôts propres et parafiscalité (M€, derniers millésimes)
② Droits et taxes régionaux propres, par rendement (2026, M€)
③ Parafiscalité régionale, par rendement (M€, derniers millésimes)
④ Fiscalité régionale propre, dépenses de la Région et inflation (2016 → 2026, base 100 = 2016)
⑤ Variation de chaque impôt régional propre, 2016 → 2026 (M€ et croissance)
⑥ Réforme des droits d'enregistrement : coût brut, compensations et coût net, 2026 et horizon 2029 (M€) – le coût brut est en grande partie compensé à l'horizon 2029 par la fin du bonus logement à l'IPP
⑦ Fiscalité régionale : évolution 2016-2026 et effet estimé des réformes à l'horizon 2029 (M€)
Section 5
Investir dans le futur de l'économie : la condition d'un financement durable des services publics
Fait 14

Le point de départ : un retard économique wallon qui ne se réduit pas

  • Le PIB par habitant wallon représente 72,4 % du PIB par habitant flamand en 2024 : la richesse produite par habitant y est inférieure de 28 % (38 800 € contre 53 600 €).
  • Ce retard ne se résorbe pas : en 2010, le PIB par habitant wallon était à 74,1 % du niveau flamand, soit 1,7 point de mieux qu'aujourd'hui.
  • Le taux d'emploi demeure largement inférieur à celui de la Flandre et à la moyenne de l'Union : 67,9 % des 20-64 ans en 2025, contre 77,3 % en Flandre et 76,1 % dans l'UE-27. Il reste également loin de l'objectif de 80 % que la Belgique s'est fixé pour 2030 (78 % pour l'UE).
  • Il a certes progressé depuis 2016 (62,6 % → 67,9 % en 2025), mais l'écart avec la Flandre n'a pas bougé : −9,4 points en 2016 comme en 2025 ; l'écart avec l'UE-27, lui, s'est creusé (−7,5 points en 2016, −8,2 en 2025).
① PIB par habitant wallon, en % du niveau flamand (2010 → 2024)
② Taux d'emploi des 20-64 ans : Wallonie, Flandre et UE-27 (2010 → 2025, %)
③ L'écart se réduit-il ? Écart du taux d'emploi wallon, en points (2010 → 2025)

Clé de lecture. Chaque courbe mesure l'écart entre le taux d'emploi des 20-64 ans en Wallonie et celui de la Flandre (ocre) ou de l'UE-27 (bleu), en points de pourcentage : une valeur négative signifie que la Wallonie est en dessous, et une courbe qui remonte vers zéro que l'écart se réduit. Avec la Flandre, l'écart est de −9,4 points en 2025 contre −9,9 en 2010 : il s'est à peine réduit (0,5 point en quinze ans, après s'être creusé jusqu'à −11,3 en 2023). Avec l'UE-27, il s'est creusé, de −5,6 à −8,2 points, parce que le taux d'emploi européen a progressé plus vite que le wallon.

Source : Eurostat (comptes régionaux nama_10r_2gdp, PIB par habitant en euros courants, 2024 provisoire ; enquête sur les forces de travail, lfst_r_lfe2emprt ; ruptures de série belges en 2017 et 2021, réforme de l'enquête : les écarts de quelques dixièmes de point entre années ne sont pas significatifs). Objectifs 2030 : 78 % des 20-64 ans pour l'UE (plan d'action du Socle européen des droits sociaux, sommet de Porto, 2021), 80 % pour la Belgique (SPF Emploi).

Fait 15

Ce retard est entièrement dû au développement insuffisant du secteur privé

  • L'écart d'emploi et de richesse produite entre la Wallonie et la Flandre se loge entièrement dans l'activité et l'emploi privés : sur le versant public et non marchand, la Wallonie fait jeu égal avec la Flandre, et la dépasse même légèrement.
  • En valeur ajoutée par habitant, les deux régions sont proches sur l'administration, l'éducation, la santé et l'action sociale (9 797 € en Wallonie contre 9 083 € en Flandre en 2024), mais la Wallonie est très en retrait sur les autres branches : 25 338 € contre 39 394 €, soit 36 % de moins.
  • En emploi, la Wallonie compte 24,2 emplois des secteurs privés pour 100 habitants, le niveau le plus bas des 27 États membres et des trois régions belges (Flandre 30,8 ; UE-27 34,1). Si elle était un pays, elle aurait le plus faible nombre d'emplois privés par habitant de l'Union. Elle compte en revanche 14,9 emplois dans l'administration, l'éducation, la santé et l'action sociale, l'un des niveaux les plus élevés d'Europe (Flandre 14,3 ; UE-27 11,8).
  • Ce déséquilibre ne s'est pas réduit, au contraire : la part de l'emploi public et non marchand dans l'emploi des Wallons est passée de 36,7 % en 2016 à 38,1 % en 2024 et 39,0 % en 2025, et le nombre de ces emplois pour 100 habitants de 13,7 à 14,9. En Flandre, la part est stable (32,0 % → 31,9 %).
① Emplois pour 100 habitants, 2024 : secteurs privés, puis administration, éducation, santé et action sociale
Périmètre

② L'écart de valeur ajoutée par habitant avec la Flandre se loge entièrement hors administration, éducation, santé et action sociale (€ par habitant, 2024)
Valeur ajoutée par habitant : administration, éducation, santé et action sociale (NACE O-Q) et autres branches, Wallonie et Flandre, 2010 → 2024 (euros courants)
Valeur ajoutée par habitant, 2024
Évolution 2010 → 2024, euros courants par habitant

Source : Eurostat, comptes régionaux (nama_10r_3gva, valeur ajoutée brute aux prix de base, euros courants ; nama_10r_3popgdp, population moyenne), reprise des comptes régionaux de l'ICN publiés le 28 janvier 2026 ; 2024 provisoire. La valeur ajoutée est comptée au lieu de production et rapportée aux habitants de la région : la production des navetteurs wallons qui travaillent à Bruxelles est comptée à Bruxelles, alors que les graphes de l'emploi sont établis à la résidence. Dans l'administration, l'éducation, la santé et l'action sociale, la production non marchande est par convention valorisée à ses coûts (SEC 2010) : la valeur ajoutée y reflète d'abord la masse salariale, donc le nombre d'emplois. La valeur ajoutée aux prix de base exclut les impôts nets sur les produits ; le rapport Wallonie/Flandre y est pratiquement le même qu'en PIB par habitant (72,5 % contre 72,4 %). Les niveaux sont en euros courants : seules les positions relatives d'une même année sont comparables. « O-Q » = sections NACE O, P et Q (administration publique, éducation, santé et action sociale, y compris hôpitaux et écoles subventionnés), même découpage sectoriel que les graphes de l'emploi.

③ Depuis 2010, l'emploi public et non marchand progresse en Wallonie plus vite que la population et que l'emploi total (emplois pour 100 habitants)
Emploi dans l'administration, l'éducation, la santé et l'action sociale (NACE O-Q), 2010 → 2024 (part : jusqu'en 2025) : Wallonie, Flandre, Bruxelles, Belgique
Résidents occupés, pour 100 habitants
Part dans l'emploi total des résidents (%)

Source : Eurostat, enquête sur les forces de travail (lfst_r_lfe2en2) et population moyenne (nama_10r_3popgdp) ; 2025 disponible pour la part seulement ; série d'enquête avec ruptures méthodologiques en 2017 et 2021 (drapeau « b » d'Eurostat) : les niveaux d'avant et d'après ne sont comparables qu'en ordre de grandeur. « O-Q » = administration publique, éducation, santé humaine et action sociale, y compris les hôpitaux et écoles privés subventionnés : c'est le périmètre « large » de la comparaison flamande du fait 8, tous niveaux de pouvoir confondus.

Fait 16

La part de l'industrie a reculé

  • La part de l'industrie dans l'économie wallonne a reculé de 3,1 points depuis 2003 : 20,9 % de la valeur ajoutée en 2003, 17,8 % en 2024. Le décrochage s'est joué pour l'essentiel avant 2013 ; depuis, la part oscille entre 16,3 et 18,9 % sans retrouver son niveau d'origine. La Wallonie reste plus industrielle que la moyenne belge (15,3 %, qu’abaisse mécaniquement le poids des services à Bruxelles) et au niveau de la Flandre (17,5 %), mais est passée sous la moyenne européenne (19,4 %), alors qu'elle partait du même niveau.
  • La mesure est à prix courants : en 2022-2023, la flambée des prix de l'énergie a augmenté la valeur en euros de la production des branches intensives en énergie (dont l'industrie), ce qui relève la part de l'industrie en fin de période par un effet de prix – sans hausse des volumes produits.
Poids de l'industrie dans la valeur ajoutée : Wallonie, Belgique, UE-27 (2003-2024, %)

Industrie hors construction (NACE B-E), part dans la valeur ajoutée brute à prix courants. Sources : Eurostat nama_10_a10 (Belgique, UE-27) et nama_10r_3gva (Wallonie, part recalculée). À prix courants, la flambée des prix de l'énergie de 2022-2023 gonfle mécaniquement la part de la branche énergie.

Fait 17

Le soutien direct à l'activité économique : une part limitée du budget wallon

  • Le soutien au secteur privé marchand recensé dans ce dossier se lit à deux périmètres. Au sens strict – les aides versées directement aux entreprises –, il représente 669 M€, soit 3,3 % du budget. Le périmètre élargi aux dispositifs de soutien indirect recensés – commerce extérieur, zones d'activités, friches et décarbonation industrielle – atteint 931 M€, soit 4,6 % du budget.
  • Dans le plan de relance, l'axe « développement économique » représente 1,2 Md€ sur 7,6 Md€ (≈ 16 %) ; les deux premiers axes sont la soutenabilité environnementale (2,4 Md€) et le bien-être et la solidarité (1,9 Md€).
① Le soutien au secteur privé marchand : périmètre strict et périmètre large (2026, M€)
Poste budgétaire Périmètre strict Périmètre large
Incitants du décret du 11 mars 2004 (primes à l'investissement, emploi, consultance)67,267,2
Outils financiers & recapitalisations92,092,0
Compétitivité, transition & valorisation industrielle21,521,5
Animation économique, création & réseaux12,012,0
Aides de premier niveau & chèques PME15,015,0
Audiovisuel (Wallimage)7,57,5
Soutiens de crise (énergie, inondations)0,10,1
Autres dispositifs économiques13,313,3
Aides R&D aux entreprises & pôles de compétitivité110,9110,9
Développement expérimental (avances récupérables)64,964,9
Droits de tirage – réductions de cotisations ciblées136,8136,8
SESAM (soutien à l'emploi dans les secteurs d'activités marchands)106,9106,9
Congé-éducation payé21,021,0
Commerce extérieur (AWEX)76,8
Zones d'activités économiques69,3
Zonings & friches (Sowafinal / Wallonie Entreprendre)57,1
Décarbonation des entreprises (Fonds Kyoto)58,7
TOTAL 669,0 930,9
En % du budget régional (20 230 M€) 3,3 % 4,6 %

Périmètre strict : les seules aides versées directement aux entreprises. Périmètre large : y sont ajoutés les dispositifs qui servent l'activité privée sans lui être versés directement – promotion des exportations, terrains d'activité économique, réhabilitation de friches, décarbonation industrielle.

② Répartition du Plan de relance de la Wallonie par axe (M€ programmés)
Fait 18

Le monde de l'entreprise contribue déjà significativement au budget wallon, et cette contribution est en augmentation depuis 2016

  • Les acteurs économiques supportent environ 1 Md€ par an de prélèvements publics wallons : 374 M€ d'impôts régionaux propres à charge des entreprises (taxe de circulation des flottes, taxes environnementales, jeux, précompte…), 358 M€ de prélèvement kilométrique, 158 M€ de recettes d'enchères de quotas carbone (prélèvement européen payé par l'industrie et le secteur électrique, dont le produit est attribué à la Région), 99 M€ de coût-vérité assainissement de l'eau, 18 M€ de surcharge certificats verts et 17 M€ de petites redevances.
  • Les prélèvements recensés représentent 1,53 fois les aides du périmètre strict du fait 17 (669 M€) et 1,10 fois celles de son périmètre élargi (931 M€). Ces ratios rapprochent les prélèvements attribués aux entreprises des dispositifs de soutien recensés dans ce dossier.
  • Sur 2016-2024, cette contribution est passée de 686 M€ (2016) à 1 053 M€ (2024, dernier exercice pour lequel toutes les composantes sont documentées) : +53 % en nominal, +21 % en euros constants (+41,5 % / +11,9 % si le prélèvement kilométrique 2016, lancé le 1ᵉʳ avril, est annualisé).
① État actuel : ce que les acteurs économiques supportent, canal par canal, dernier millésime disponible (M€)
② Évolution 2016-2024 : la même contribution année par année, par canal (M€ courants)
Fait 19

Le monde économique a supporté près de 22 % de l'effort budgétaire 2025-2026, alors que les budgets qui soutiennent l'activité pèsent moins de 5 % du budget

  • Le gouvernement a chiffré son effort structurel d'économies à 268,1 M€ en 2025 et 270,7 M€ en 2026.
  • Le détail des mesures situe la part supportée par le monde économique à 23,8 % en 2025 et 19,8 % en 2026 – alors que le soutien au secteur privé marchand ne représente que 3,3 % du budget au sens strict et 4,6 % au sens large (fait 17).
    • 2025 : diminution des aides économiques (15,0 M€), réduction des mesures d'accompagnement du prélèvement kilométrique (3,8 M€) et réduction des moyens octroyés annuellement en OCPP (octrois de crédits et prises de participations) à Wallonie Entreprendre (45,0 M€) – soit 63,8 M€.
    • 2026 : côté dépenses, aides à la formation (20,0 M€) ; côté recettes, taux jeux et paris (8,4 M€), taxe sur les déversements d'eaux usées industrielles (5,8 M€), alignement des tarifs du prélèvement kilométrique (9,4 M€) et dividendes additionnels de Wallonie Entreprendre (10,0 M€) – soit 53,6 M€. Le rabot des titres-services (11,2 M€) n'est pas compté ici : ce programme relève de la politique de l'emploi et ne figure pas dans le périmètre de soutien aux entreprises du fait 17 – l'y inclure gonflerait l'effort sans élargir la base à laquelle il est rapporté.
  • En deux ans, l'effort demandé au monde économique atteint 117,4 M€, économies de dépenses et prélèvements confondus – soit 12,6 à 17,5 % de l'enveloppe que la Région consacre au soutien du secteur privé marchand (669 M€ à 931 M€ selon le périmètre retenu). C'est davantage que l'effort moyen que l'ensemble du budget devra consentir pour revenir à l'équilibre : 0,8 Md€ à 2 Md€ sur un budget de 20,2 Md€, soit 4 à 10 %. En proportion, l'effort déjà supporté par le monde économique – réductions de dépenses et prélèvements confondus, rapportés aux enveloppes de soutien au secteur privé marchand – dépasse donc celui qui reste à réaliser sur l'ensemble du budget.
Répartition de l'effort structurel annoncé, 2025 et 2026 (M€)
Fait 20

Pour décarboner sans désindustrialiser, il faut rendre la transition économiquement soutenable

  • Le gouvernement s'est donné pour ambition la réindustrialisation. Avant même de réindustrialiser, maintenir l'industrie existante sur le territoire, dans un contexte d'objectifs de décarbonation et de défossilisation, suppose de répondre à deux besoins.
    • Le coût de l'électricité.
      • Le prix payé par l'industrie wallonne dépasse nettement celui de ses concurrents, sur les autres continents comme dans les pays voisins : 120,5 €/MWh tout compris pour un profil wallon de 100 GWh/an, contre 67,7 €/MWh en France – et, côté belge, environ 104 €/MWh pour les profils de 1 000 GWh/an.
      • S'y ajoute l'enjeu de décarbonation : électrifier les procédés suppose un prix de l'électricité abordable ; l'objectif reste un prix de 50 €/MWh, le niveau à viser a minima pour rétablir la compétitivité – soit 2,4 fois moins que le prix payé aujourd'hui.
      • La compensation wallonne des coûts indirects du carbone – le surcoût de l'électricité dû aux quotas CO₂ (système européen ETS) que les producteurs répercutent sur leurs clients industriels – ne couvre aujourd'hui que 35 % du coût compensable, contre 75 % autorisés par le cadre européen (lignes directrices ETS 2020/C 317/04) ; l'enveloppe wallonne est fermée à 20 M€ par an.
      • Le besoin total est estimé à 140 M€ par an – 80 M€ pour les industries relevant du CLI élargi (Carbon Leakage Indirect : le régime wallon de compensation des coûts indirects du carbone), 60 M€ pour les autres industries. La Région en mobilise déjà 20 M€ (l'enveloppe de compensation des coûts indirects du carbone, périmètre CLI) et de l'ordre de 60 M€ sont attendus du transfert fédéral au titre de la norme énergétique : le besoin régional net s'établit donc à environ 60 M€ par an (140 M€ − 20 M€ − 60 M€). Estimation préliminaire, en cours de validation.

      Références et sources

      Références. Prix de 120,5 €/MWh et 67,7 €/MWh : Deloitte pour Febeliec – Benchmarking study of electricity prices between Belgium and neighboring countries, édition 2026 – 2 avril 2026 – p. 9 (prix tout compris = marché, réseau de transport et taxes, hors TVA, profil base load ; pp. 4 et 6) – febeliec.be. Le prix d'environ 104 €/MWh à 1 000 GWh se lit sur le graphique de la même page (écart de 7,7 €/MWh, soit 8 %, avec la moyenne des cinq zones comparées). Seuil de 50 €/MWh : Commission européenne – Encadrement des aides d'État visant à soutenir le pacte pour une industrie propre (C/2025/3602) – JO C du 4 juillet 2025 – point 120 – eur-lex.europa.eu. Plafond de 75 % : Commission européenne – Lignes directrices concernant certaines aides d'État dans le contexte du système d'échange de quotas d'émission après 2021 (2020/C 317/04) – JO C 317 du 25 septembre 2020 – point 27 – eur-lex.europa.eu. Crédit de 20 M€ par an : Région wallonne – budget général des dépenses, article 096.004 « Soutien de la compétitivité des entreprises – mesure carbon leakage », division organique 18 – budgets initiaux 2022 à 2026 (20 M€, 30 M€, 20 M€, 20 M€ et 20 M€). Norme énergétique fédérale : Gouvernement fédéral – décision du 23 décembre 2025 (près d'un milliard d'euros sur trois ans, réduction des tarifs de transport et recours au cadre CISAF) – dépêche Belga du 23 décembre 2025. Taux de couverture de 35 %, besoin de 140 M€ (80 + 60) et part de 60 M€ attendue du fédéral : estimations du monde économique, préliminaires et en cours de validation.

    • La décarbonation compétitive.
      • Les industriels wallons sont soumis à des obligations de décarbonation ambitieuses pour les prochaines années. Elles leur imposeront des coûts importants que leurs concurrents hors d'Europe n'ont pas à supporter – alors que des pays voisins, la France notamment, déploient des moyens de soutien nettement supérieurs à ceux de la Wallonie. Sans accompagnement, l'obligation devient un désavantage compétitif net.
      • Deux besoins de soutien subsistent pour rendre la décarbonation économiquement soutenable : (a) le soutien aux projets industriels pionniers de décarbonation en général – électrification des procédés, chaleur bas-carbone, efficacité énergétique – et (b) le soutien au déploiement du captage et stockage de CO₂, réduction du risque du projet pour les industriels concernés comme pour le réseau de transport.
      • À titre de repère, la Flandre a lancé un programme de 2 Md€ sur dix ans pour la transition climatique de son industrie – 100 M€ en 2028 puis de l'ordre de 200 M€/an (à partir de 2029, dont ≈ 120 M€/an pour le CCS et ≈ 80 M€/an pour les autres projets de décarbonation), financés par les recettes du système ETS et déployés via des Carbon Contracts for Difference.
      • Le soutien à la mise en place du réseau de transport de CO₂ est estimé, à titre préliminaire, entre 20 M€ et 30 M€ par an. Le Contract for Difference destiné au captage du carbone suppose une garantie donnée dès 2027 pour une mise en service à partir de 2032-2034 – sans coût budgétaire avant cette date.
      • En Wallonie, pour 2026, l'appel à projets « décarbonation » des Conventions carbone, en cours (dépôt des dossiers jusqu'au 25 septembre 2026), mobilise une enveloppe unique de 39,4 M€ – 14,4 M€ de subventions et 25 M€ de prêts à taux bonifiés.

      Références et sources

      Références. Programme flamand : Vlaamse Regering – communiqué « Twee miljard extra investeringen in de Vlaamse industrie » – 3 février 2026 – 100 M€ en 2028 puis 200 M€ par an à partir de 2029, via des contrats de transition – ewi-vlaanderen.be. Réseau de transport de CO₂ : Gouvernement wallon – désignation de Fluxys c-grid comme gestionnaire du réseau de transport de CO₂ – 17 juillet 2025 – fluxys.com ; le soutien de 20 M€ à 30 M€ par an et le calendrier du Contract for Difference (garantie dès 2027, mise en service 2032-2034) sont des estimations préliminaires du monde économique. Appel wallon : Gouvernement wallon et Wallonie Entreprendre – Appel à projets en faveur de la décarbonation de l'industrie wallonne (Conventions carbone) – 7 juillet 2026 – 39,386 M€, dont 14,386 M€ de subventions et 25 M€ de prêts ; dépôt jusqu'au 25 septembre 2026, réalisation au 31 décembre 2029 – wallonie-entreprendre.be.

    La concurrence internationale – et notamment les aides à la décarbonation, nettement plus importantes, déployées dans les pays et régions voisins – est telle que ces montants constituent, selon cette estimation préliminaire, un socle pour maintenir l'activité industrielle sur le territoire wallon. Ces moyens ne servent d'ailleurs pas seulement à décarboner et à maintenir notre industrie : ils contribuent aussi à l'autonomie stratégique du pays – produire en Belgique l'acier, la chimie et les matériaux de la transition plutôt que de dépendre de l'extérieur, et réduire sa dépendance énergétique en défossilisant l'énergie consommée.

Fait 21

Infrastructures : un réseau dégradé, une dette virtuelle

  • L'état du réseau régional se dégrade : parmi les ouvrages d'art, notamment les ponts et les tunnels, 47 % de ceux du réseau structurant et 29 % de ceux du non structurant présentent des signes de dégradation accélérée (exposé général 2026). L'inspection des chaussées en 2023-2024 classe par ailleurs 56,6 % de la surface examinée du réseau non structurant en catégories dégradées.
  • Cette dégradation constitue une dette virtuelle : différer l'entretien n'efface pas la charge, mais la reporte en l'alourdissant. Elle met en jeu la soutenabilité des finances, le développement économique – un réseau fiable conditionne l'activité – et la sécurité et le service rendus aux citoyens. Réinvestir dans un plan d'infrastructures à la hauteur des besoins – tout en étant calibré au plus juste – est une condition de l'avenir de la Région.
C. Position du monde économique
Position 1

Objectif et ampleur de l'effort – le bon cap, sans se figer sur une année

  • L'objectif d'équilibre du solde SEC est le bon, et un rythme d'effort budgétaire de ≈ 300 M€ à 400 M€ par an (≈ 1,5-2 % des dépenses) paraît à la fois ambitieux et soutenable.
  • La date butoir ne doit cependant pas être un totem : l'important est d'avoir une trajectoire crédible, composée de réelles mesures structurelles, permettant d'atteindre l'équilibre à bref délai.
  • Si l'effort total restant à réaliser s'établit effectivement entre 800 M€ et 1 Md€, l'objectif d'équilibre pour la fin de la législature apparaît atteignable.
  • S'il s'avère significativement supérieur à ce montant, il n'est pas déraisonnable d'étaler l'effort budgétaire – pour autant qu'une trajectoire crédible soit fixée et des mesures structurelles prises pour assurer un véritable assainissement à long terme.
Position 2

Tout le monde doit contribuer – réinterroger l'ensemble des postes budgétaires, sans exclure aucun des dix plus grands

  • Arithmétiquement, atteindre l'objectif d'équilibre budgétaire supposera de réaliser des économies sur l'ensemble des grands postes du budget. Les cinq premiers en pèsent 56 % et les dix premiers 73 % : exclure ces postes des réflexions et des mesures d'optimisation n'apparaît ni réaliste ni souhaitable. Cela ferait porter au reste du budget une charge disproportionnée et ne permettrait pas d'atteindre l'objectif.
  • Dès lors, l'examen doit se faire politique par politique, selon quatre critères, dans cet ordre : protège-t-elle d'abord les plus fragiles ? est-elle efficace ? est-elle soutenable ? préserve-t-elle les moteurs de croissance ? Le premier critère n'est pas une clause de style : ces budgets financent le soin, le handicap, le grand âge, l'accueil des enfants et la mobilité de ceux qui n'ont pas de voiture, et un euro dépensé sans effet dans ces politiques est un euro qui manque à ceux qu'elles doivent protéger. C'est à ces conditions, et sans tabou ni bouc émissaire, qu'il faut réinterroger l'ensemble des grands postes budgétaires – dépenses comme recettes – sur leur efficacité, sans exclure aucun des dix plus grands.
  • Les budgets emploi, économie et recherche ont déjà été soumis à cet exercice ces deux dernières années – réductions d'enveloppes, gel d'indexation, réformes profondes, recentrage de missions – et ils ont connu, sur dix ans, des réductions réelles (−34 % pour l'économie et la recherche, −6 % pour l'emploi et la formation) ; ils y ont contribué à hauteur de 22 % de l'effort structurel 2025-2026, pour moins de 5 % du budget (fait 19). Il s'agit donc d'appliquer partout les règles d'évaluation qui leur ont déjà été appliquées.
Position 3

Les budgets de l'économie, de la recherche et du soutien à l'emploi privé ont déjà fait leur part de l'assainissement

  • Ce gouvernement s'est engagé fortement sur la réindustrialisation. Le maintien de cet engagement suppose de ne pas réduire davantage les moyens qui le servent.
  • Or, sur dix ans, ce sont précisément les budgets de l'économie, de l'innovation, de la recherche, de l'emploi et de la formation qui ont le plus reculé – les deux domaines en plus fort recul de tout le budget. En euros constants : −318 M€ pour l'économie, l'innovation et la recherche et −195 M€ pour l'emploi et la formation (dont −66 M€ sur les aides à l'emploi ouvertes au secteur privé). Nous ne demandons pas que ces budgets soient exemptés d'évaluation : nous demandons que les règles d'évaluation qui leur ont déjà été appliquées le soient partout.
  • L'ambition de réindustrialisation portée par le gouvernement et la trajectoire budgétaire doivent être mises en cohérence. Les budgets de l'économie, de la recherche et du soutien à l'emploi privé ne doivent pas être réduits davantage dans les prochaines années. Alourdir encore l'effort portant sur ces postes toucherait les leviers de création d'activité – donc, à terme, la base des recettes régionales.
Position 4

Fiscalité : pas de hausse sur l'activité économique, en particulier pérenniser l'exonération de la fiscalité locale sur les investissements des entreprises (précompte immobilier sur le matériel et l'outillage, taxe sur la force motrice)

  • Conformément à l'objectif de redressement économique que le gouvernement s'est fixé, il ne s'agit pas d'augmenter la fiscalité sur l'activité économique.
  • Sur dix ans, l'ensemble des prélèvements régionaux recule en valeur réelle : −13,3 % en euros constants pour la fiscalité propre, −10,2 % parafiscalité comprise (fait 13). Mais leur composition s'est déplacée vers l'activité : les prélèvements supportés par le monde économique passent de 686 M€ en 2016 à 1 053 M€ en 2024, soit +53 % en nominal et +21 % en euros constants (fait 18). C'est cette part-là qui monte, et elle continue de monter : directement, par des taxes et redevances – ainsi le prélèvement kilométrique poids lourds, qui rapporte déjà 358 M€ en 2025, une contribution majeure et en hausse ; indirectement, par des exigences réglementaires et environnementales croissantes qui pèsent sur les entreprises (coûts de mise en conformité que ce dossier ne chiffre pas, mais qui atteignent, pour certaines installations industrielles, plusieurs dizaines de millions d'euros).
  • En premier lieu, et c'est la priorité absolue pour le monde économique : il est impératif de ne pas rétablir la taxation de l'investissement productif. Il faut pérenniser l'exonération de la taxe sur la force motrice et du précompte immobilier sur le matériel et l'outillage, dans le cadre d'un régime stable au moins aussi favorable qu'en Flandre.
  • Si un régime pérenne ne peut être adopté dès 2027, il convient a minima de prolonger d'un an la suspension de cette taxation décidée pour 2026 – c'est-à-dire ne pas la rétablir en 2027.
Position 5

Réinvestir dans l'avenir économique de notre région – une condition de la soutenabilité de nos finances, de notre modèle social et de notre transition écologique

  • Assainir ne suffit pas : il faut pouvoir réinvestir dans ce qui recrée richesse, emplois et recettes – la réindustrialisation et la décarbonation. Tout en réalisant l'assainissement budgétaire, le Gouvernement wallon doit être capable de dégager des marges pour réinvestir dans ces budgets d'avenir. C'est la condition pour que l'effort d'aujourd'hui ne se paie pas d'une base de recettes plus étroite demain.
  • Deux grands besoins conditionnent la capacité de l'économie wallonne à se maintenir et à se développer sur le territoire dans un contexte de décarbonation – les chiffres du besoin et leurs sources sont au fait 20, la comparaison flamande est sourcée ci-dessous :
    • Le prix de l'électricité. Il est nécessaire que la Région mobilise des moyens au-delà de ceux dégagés par le fédéral pour réduire le coût de l'électricité payé par les entreprises wallonnes – l'électrification étant le premier levier d'une décarbonation compétitive. Concrètement, le besoin total est estimé à ≈ 140 M€/an : 80 M€ pour les industries relevant du CLI élargi (le Carbon Leakage Indirect, nom donné par le SPW au régime wallon de compensation des coûts des émissions indirectes du système ETS) et 60 M€ pour les autres. La Région n'inscrit que 20 M€ par an à son budget pour le CLI et peut escompter de l'ordre de 60 M€ du fédéral ; il reste donc un écart d'environ 60 M€ à combler par un effort régional propre (chiffres préliminaires, à confirmer).
    • La décarbonation compétitive, avec deux volets :
      • D'une part, le captage et stockage du CO₂ (CCS) constitue à lui seul un élément essentiel : le maintien sur le territoire de l'activité des industries concernées – les secteurs les plus difficiles à décarboner (cimenterie, chaux, verre…) – dépend de la confirmation, dans les douze prochains mois, du soutien public à ce projet. Deux leviers sont nécessaires : (i) soutenir le déploiement du réseau de CO₂ afin d'en assurer la viabilité économique et un prix acceptable pour les industries ; (ii) confirmer dès à présent la mise en place d'un système de Carbon Contracts for Difference (CCfD), ou contrats carbone sur différence, afin d'assurer la viabilité des premières installations de captage.
      • D'autre part, il importe de continuer à soutenir les autres industries, par une augmentation des budgets alloués aux projets innovants ou par la mise en place de Contracts for Difference.
      À titre illustratif, la Flandre a récemment mobilisé 2 Md€ sur dix ans pour ces deux objectifs : ≈ 120 M€/an pour le CCS et ≈ 80 M€/an pour les autres projets de décarbonation.
Les deux besoins prioritaires – ordres de grandeur annuels
BesoinM€ / an
1 · Prix de l'électricité – besoin total (estimation du monde économique, à confirmer)140
dont CLI élargi80
dont soutien aux industries hors CLI60
− déjà mobilisé sur le CLI−20
− attendu du fédéral au titre de la norme énergétique (engagement du gouvernement fédéral de ramener le coût de l'énergie des entreprises au niveau des pays voisins)−60
= besoin régional net60
2 · Soutien aux projets pionniers de décarbonation
(a) Projets industriels de décarbonation – électrification des procédés, chaleur bas-carbone, efficacité énergétiqueNon chiffré dans ce dossierrepère : la Flandre engage 2 Md€ sur dix ans pour la transition climatique de son industrie, dont ≈ 80 M€/an pour ces projets et ≈ 120 M€/an pour le CCS
(b) Captage et stockage de CO₂ (CCS) – soutien à la mise en place du réseau de transport20 à 30estimation préliminaire
(c) CCS – Contract for Difference pour le captage du carboneNon chiffré dans ce dossiergarantie nécessaire dès 2027 pour une opération à partir de 2032-2034 ; sans coût budgétaire avant cette date

Les montants présentés ne constituent pas un total complet : certains dispositifs demandés ne sont pas chiffrés ici.

Position 6

Un plan d'infrastructures ambitieux – une condition pour l'avenir de la Région

  • Le réseau d'infrastructures wallon est dégradé – 47 % des ouvrages d'art du réseau structurant présentent des signes de dégradation accélérée, et 56,6 % de la surface auscultée du non structurant est en état dégradé (voir fait 21). Le report de l'entretien constitue une dette virtuelle qui met en jeu la soutenabilité des finances comme le développement économique de la Région et le service rendu aux citoyens.
  • Il est important que la Région puisse dégager les moyens de réinvestir dans ses infrastructures. Nous soutenons un plan d'investissement équilibré et impactant pour l'économie wallonne, qui doit notamment stimuler la demande en produits décarbonés que la Wallonie a vocation à produire – un soutien conditionné à l'examen et au challenge du plan lui-même.
Position 7

Réforme des droits de succession et d'enregistrement

  • Succession. La réforme des droits de succession se comprend dans son principe, mais elle ajoute une perte de recette significative à partir de 2028 – autant de moyens qui ne seront disponibles ni pour l'assainissement ni pour la relance de l'économie. Dans un contexte budgétaire contraint, il est sage, a minima, d'aménager la réforme : en étaler l'entrée en vigueur ou en réduire l'impact budgétaire par un meilleur ciblage.
  • Enregistrement. La réforme – taux réduit à 3 % pour l'habitation propre et unique, contre le taux ordinaire de 12,5 % (Code des droits d'enregistrement) – est entrée en vigueur le 1ᵉʳ janvier 2025 ; son principe, réduire la taxation des transactions, est économiquement fondé, et il est sage d'attendre deux ans pour en évaluer l'impact. Dans un contexte budgétaire contraint, nous soutenons toutefois la proposition portée notamment par le secteur de la construction : conditionner le taux réduit à un engagement de rénovation énergétique du bien, afin de réorienter une partie de ces moyens vers les investissements essentiels dans la rénovation et l'isolation – qui contribuent à la défossilisation de l'économie et, à terme, allègent la facture énergétique des ménages.
Corrections apportées après diffusion

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